Aujourd'hui on rencontre David Poutays, le vigneron du Clos de Mounissens dans le bordelais. David fait partie de cette nouvelle génération de vignerons qui apportent un vent nouveau avec des techniques plus naturelles. Un retour à la terre qui chamboule la fameuse standardisation des vins de Bordeaux, pour notre plus grand plaisir.
Le hameau de Mounissens à Saint-Pierre d’Aurillac appartient à la famille depuis le 17ème siècle. En 2002, David Poutays reprend les rênes lorsque ses parents partent à la retraite. Originellement, son père était producteur et apporteur de vin pour Allan Sichel de la Cave Sichel. Il conserve les deux hectares appartenant à son père et se reconvertit dans le métier de vigneron.
En 2002, le bio n’avait pas le vent en poupe, mais peu importe pour David, il voulait vinifier des vins sains et pas autrement. Il se lance alors dans la conversion vers l’agriculture biodynamique. Ses ancêtres avaient déjà préparé le terrain, les vendanges étaient faites à la main depuis toujours.
Mais alors pourquoi se lancer en biodynamie quand on apprend tout juste à faire du vin ? Quel challenge me diriez-vous ! C’est à l’occasion de diverses rencontres, que son désir est né. «Ma rencontre en 2001 avec Alain Déjean du Domaine de Rousset-Peyraguey à Sauternes a été déterminante. Il m’a enseigné les clefs de la recherche en biodynamie. Il a été mon mentor, aujourd’hui il est devenu mon ami». Comprendre les liens qui unissent les êtres vivants, la terre et l’univers entre eux est fondamental.
«En 1990 je faisais un tour des vignobles bordelais avec des amis. Tous les vins qui me plaisaient étaient soit des vins biologiques soit des vins biodynamiques. J’aimais le discours différent de ces vignerons». Ainsi, le besoin de reprendre un vignoble en biodynamie est apparu comme une évidence pour David. Comme un infirmier dans les vignes, il me dit de ne pas être là pour faire du mal aux gens.
La démarche de la production du vin change, «Avant on buvait pour se donner de la force, le vin était souvent plus sain que l’eau; les temps changent…», comme le disait Louis Pasteur «Le vin est le breuvage le plus sain et le plus hygiénique qui soit».
C’est aussi avec de fortes émotions qu’il en apprend plus sur cette agriculture. En visite au Château Falfas en Côte de Bourg, il échange sur cette philosophie. «Nous avons été accueilli par le propriétaire du château, c’était une visite différente de tous les autres châteaux. Après s’être intéressés aux plaquettes commerciales, nous avons été emmenés à l’arrière du chais. À la suite d'une dégustation de vins magnifiques, on a discuté sol, plantes, et énergies».
David se souvient également d’une autre grande émotion, celle de la dégustation en 1997 d’un vin du vigneron Nicolas Joly, propriétaire de la Coulée de Serrant. «C’était un vin blanc, on quittait tout ce que j’avais gouté auparavant».
Ainsi, il va de soi que je demande à David ce qu’est un vin magnifique «C’est un vin où on fait wahou ! Un vin qui nous fait penser à autre chose que la technique. Un vin où on va prendre du plaisir sans se soucier du reste. Je pense que la pire des insultes pour un vigneron est de dire qu’on a déjà goûté ça ailleurs». C’est d’ailleurs l’effet wahou qu’un client professionnel a eu pendant une dégustation chez lui. En goûtant Sur le Fil, il lui a confié, les yeux brillants «Il y a deux jours j’étais chez Barral, j’ai la même émotion !». (Didier Barral, vigneron renommé du Languedoc, ndlr)
Seul à la vigne et au chais, 2003 est l’année de son premier millésime. Il cultive quatre cépages, le merlot, le cabernet franc, le cabernet sauvignon (vignes datant de 1970 à 1996) et le sémillon (vieille vigne datant de 1951). Les coteaux sont orientés nord-sud, avec beaucoup de soleil. Même si l’on dit que le meilleur millésime est toujours celui à venir, pour David cela restera sûrement celui de 2003. En pleine conversion en biodynamie, avec la canicule, la vigne était compliquée mais le jus n’en demeurait pas moins excellent. Des quelques bouteilles restantes, le vin est toujours bon aujourd’hui.
Personnellement, j’ai vraiment apprécié Red Side of the Moun de 2015, alors je questionne David sur cette cuvée. Un millésime parfaitement mûri, des tanins soyeux, et une grande richesse aromatique. «2015 est une belle année contrairement à 2014 qui était sévère avec le climat. Les apports pluviométriques étaient adéquats, l’année a été chaude mais pas trop. On dit qu’à Bordeaux l’année est soit favorable pour les rouges, soit pour les blancs ; 2015 était favorable pour les deux». Le soufre utilisé est un soufre volcanique non chimique ramassé en Italie et purifié mécaniquement en Suisse. Un vin à savourer entre amis, avec un magret de canard juteux. Une référence à l’album The Dark Side of the Moon de Pink Floyd, avec Moun pour Mounissens.
David conclut cette rencontre en me confiant qu’il a pour projet d’agrandir le vignoble avec 5 hectares supplémentaires en collaboration avec un de ses amis. Un grand merci à David, pour son temps, ses anecdotes, j’ai hâte que cette période se finisse enfin, pour visiter ses belles vignes saines !